L’Institut Jonathas : combattre l’antisémitisme

Les massacres du 7 octobre ont été un réveil douloureux, mais pas vraiment surprenant, pour les Israéliens et pour nous, Juifs, qui vivons en Europe et, ici, en Belgique. Notre situation se dégrade depuis plus de 20 ans, mais fondamentalement, à part la communication sur les réseaux sociaux, nous avons continué de dire et faire les mêmes choses qu’il y a 20 ans.

Depuis le 7 octobre, après l’horreur et la sidération, nous prenons conscience qu’une vie juive en Europe et, ici, en Belgique ne va pas de soi et que si rien ne change, il nous faudra peut-être partir. Que faire car nous aimons la Belgique et nous voulons continuer d’y vivre ? Cette question circule aussi au-delà des Juifs, parmi toutes celles et tous ceux qui voient reculer les libertés. A cette question, nous entendons apporter une nouvelle réponse. Notre conviction est qu’après le 7 octobre, il faut un « reset », un changement d’échelle et de logiciel.

Nous sommes Joël Kotek, Viviane Teitelbaum, Richard Laub, Doubi Ajami, Marina Blitz et Joël Amar. Nous avons créé l’Institut Jonathas début 2024. Notre objectif est la pérennité de la vie juive en Belgique.

Antisémite ou pas ?

Le socle politique de l’Institut Jonathas est la lutte contre l’antisémitisme tel que défini par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) et la lutte contre tout ce qui favorise l’antisémitisme en Belgique.
L’IHRA est une organisation intergouvernementale dont est membre la Belgique.

Sa définition de l’antisémitisme a été adoptée par les 35 Etats membres le 26 mai 2016, par le Parlement européen le 1er juin 2017, par le Conseil européen le 6 décembre 2018, ainsi que par les institutions de nombreux Etats-membres, dont le Sénat belge (10 décembre 2018).

La définition de l’IHRA est le fondement de la stratégie européenne de lutte contre l’antisémitisme et de soutien à la vie juive, présentée par la Commission en octobre 2021. A travers onze exemples qui se veulent non exhaustifs, cette définition acte que l’antisémitisme prend différentes formes au gré des lieux, des époques et des crises.

Elle inclut les appels à effacer l’Etat d’Israël, la délégitimation de cet Etat, le refus d’un Etat au peuple juif, ainsi que les distorsions de la Shoah qui aboutissent à la minimiser ou à nazifier les Juifs ou Israël. Elle souligne également que « critiquer Israël comme on critiquerait tout autre État ne peut pas être considéré comme de l’antisémitisme ».

Prendre pour socle politique la définition de l’IHRA est un choix structurant et engageant en Belgique où l’agence fédérale chargée de lutter contre les discriminations, UNIA, n’est pas favorable à cette définition.

Définition de l’antisémitisme par l’IHRA

Pourquoi ce nom, Jonathas ?

Jonathas est le nom d’un Juif accusé à tort de profanation d’hosties à Bruxelles au XIVe siècle. Son histoire est figurée dans les vitraux de la Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles.

En 1369, Jonathas, qui vivait à Enghien près de Bruxelles, fut accusé à tort d’avoir volé et profané des hosties, puis assassiné. En 1370, des Juifs de Bruxelles et de Louvain subirent, eux aussi, la même accusation d’avoir profané des hosties volées par Jonathas. Ils furent torturés, jugés et condamnés à mort. Le 22 mai 1370, ils furent brûlés vifs au terme d’une procession qui les soumit, à chaque coin de rue, au supplice de la pince incandescente. Suite à cette accusation absurde et aux crimes antisémites qu’elle entraina, les Juifs quittèrent Bruxelles et le duché de Brabant.

En choisissant le nom de Jonathas, nous ancrons notre action en Belgique et nous posons son enjeu : vivre en Belgique, sans que notre identité juive soit source d’inquiétudes, menaces, haines ou dangers.

Fondateurs de l’Institut Jonathas

Joël Kotek

Professeur à l’Université Libre de Bruxelles, auteur d’une trentaine de livres, notamment sur la Shoah, l’antisémitisme, l’Europe et les génocides du 20ème siècle, représentant belge auprès de l’IHRA, membre du CA du CCLJ, membre de conseils scientifiques (musée de la Shoah à Malines, ISGAP, Yahad in Unum…), Docteur en Sciences Politiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

Viviane Teitelbaum

Femme politique, députée bruxelloise depuis 2004, ancienne échevine à Ixelles, féministe luttant contre le racisme, l’antisémitisme, le sexisme et les discriminations, ex-présidente du CCOJB, auteure de dix livres et contributrice à plusieurs ouvrages collectifs, licenciée en journalisme et communication sociale (ULB), master en relations internationales (University of Southern California, USC).

Richard Laub

Entrepreneur, dirigeant d’une entreprise de sourcing mondial qu’il a créée en 2005, après 15 ans de carrière dans le conseil en stratégie, ex-partner d’Accenture et de Booz Allen Hamilton, fondateur de l’ONG Stand Up for Europe, intervenant régulier à Radio Judaïca, ingénieur commercial (Solvay Business School) et MBA de Carnegie Mellon University.

Doubi Ajami

Entrepreneur pragmatique, passionné par l’innovation IT, les crypto-monnaies et la blockchain, fondateur de plusieurs entreprises dans l’informatique et la consultance en Belgique, dirigeant aujourd’hui de ASP (Advanced Service Provider), ingénieur commercial (Solvay Business School).

Joël Amar

Conseil indépendant en communication, stratégie, études d’opinion, affaires publiques et gestion de crise, vivant en Belgique depuis 2013, engagé depuis 2003 et jusqu’à aujourd’hui auprès des présidents du Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), diplômé de HEC Paris et de Paris-Sorbonne.