Indignation après l’annulation de la commémoration du génocide des Tutsi à Liège
Institut Jonathas
1er avril 2025
L’Institut Jonathas condamne la décision de la Ville de Liège d’annuler la commémoration du génocide des Tutsi, qui était initialement prévue le 12 avril. Prise sur proposition de la Police, au prétexte de prévenir d’éventuelles échauffourées avec des membres de la communauté congolaise, cette décision porte une atteinte grave au devoir de mémoire et au respect des victimes de l’un des pires crimes du XXe siècle, le génocide des Tutsi, perpétré en 1994 au Rwanda, qui a coûté la vie à plus d’un million de personnes en seulement cent jours. Le prétexte avancé – la situation actuelle à l’Est du Congo – et leurs éventuelles répercussions en Belgique – ne saurait justifier l’effacement du génocide des Tutsi de l’espace public. Si le conflit entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 doit impérativement cessé, il est également essentiel de reconnaître que les Congolais d’origine tutsi sont victimes de violences extrêmes depuis une dizaine d’années.
L’annulation de cette commémoration apparaît comme une concession à des pressions politiques ou à des considérations étrangères au devoir de mémoire. Cette décision, qui rejoint celle de la Chambre des Représentants, illustre le communautarisme grandissant de la vie politique belge, où certaines minorités actives imposent leur agenda aux pouvoirs en place. C’est ainsi qu’il est devenu presque impossible de parler de la Shoah dans de nombreuses écoles en Belgique, comme d’ailleurs du génocide des Arméniens et, qui sait, bientôt, du génocide des Tutsi. Cette annulation s’apparente aussi au mécanisme « d’inversion et/ou de distorsion » de la Shoah qui tend à minimiser le poids de la culpabilité en faisant des victimes d’hier, des bourreaux d’aujourd’hui (cf. affaire Brusselmans).
L’Institut Jonathas juge inacceptable que des responsables politiques cèdent à des pressions de groupes qui cherchent à réécrire l’histoire en fonction de leurs intérêts. Cette dérive négationniste est dangereuse car elle travestit le nécessaire devoir d’histoire. Il importe de rappeler que la décision du gouvernement belge de rapatrier en catastrophe ses casques bleus du Rwanda dans les tous premiers jours des massacres a précipité l’extermination d’un million de Tutsi, dans un silence, certes pas complice, mais honteux.
L’Institut Jonathas demande aux autorités liégeoises de reconsidérer leur décision et de s’assurer que la mémoire des victimes du génocide des Tutsi soit honorée comme il se doit, dans le respect de la vérité historique et des engagements internationaux de la Belgique en matière de lutte contre le négationnisme.
Empêcher une commémoration, c’est nier aux survivants et à leurs familles la possibilité de se recueillir et de sensibiliser le public à la nécessité de lutter contre l’idéologie génocidaire. La Belgique, en raison de son histoire coloniale et de son rôle dans la région, a une responsabilité particulière dans la transmission de cette mémoire.
Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.