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Le 7 octobre, la Belgique et moi #28

La mémoire n’est pas un fardeau, c’est un rempart

SEBASTIEN XHAYET

14 octobre 2025

Il y a dans ce monde un peuple ancien que l’on veut encore faire plier.

Un peuple qu’on a traîné dans les déserts,
chassé d’Espagne, pourchassé de Russie, parqué dans des ghettos, jeté aux chiens des siècles.

Un peuple qu’on a mis dans des wagons, qu’on a tondu, qu’on a affamé, qu’on a brûlé.

Un peuple qui parle des langues mortes dans des synagogues silencieuses, et qui pourtant se lève encore chaque matin — pour vivre.

Ce peuple, c’est le peuple juif. Et voilà que l’histoire recommence.

Oui, recommence — non dans les camps mais dans les rues,
non par les bottes mais par les hashtags,
non par la censure officielle mais par l’indifférence bien-pensante.

Ce n’est plus la rafle, mais c’est l’insulte.
Ce n’est plus la loi, mais c’est l’omission.
Ce n’est plus l’ordre, mais c’est l’oubli.

On recommence à désigner.
On recommence à soupçonner.
On recommence à dire que le Juif est trop ceci, pas assez cela,
qu’il est partout et nulle part.

On lui demande des comptes qu’on n’exige de personne.

On lui intime le silence, l’excuse, la prudence.
On le regarde de travers s’il parle, et avec méfiance s’il se tait.

On le somme de se justifier pour des guerres qu’il ne mène pas,
et de se taire sur les haines qu’il endure.

Je dis : cela suffit.

Assez de cette morale à géométrie variable.
Assez de ces indignations sélectives. Assez de ce courage de salon qui ne s’applique qu’aux causes à la mode.
Assez de nos démocraties qui ferment les yeux quand la haine a l’accent du progressisme et les couleurs du drapeau palestinien.

Le Juif n’est pas un intrus. Il est un pilier.

De Belgique.
De l’Europe.
De l’Humanité tout entière.

Il a donné ses philosophes, ses médecins, ses poètes, ses morts.
Il a semé la lumière dans les ténèbres du Moyen Âge.
Il a prié dans nos langues avant que nos langues ne sachent prier.
Il a tenu bon quand le monde s’effondrait.

Et voilà qu’en 2025, on lui demande encore de partir.

Pas par ordonnance. Mais par regards. Par silences. Par menaces.
On ne l’expulse plus, on le pousse.
On ne l’interdit plus, on l’accable.
On ne le mutile plus, on le dissout.

Victor Hugo écrivait :

« 𝘛𝘢𝘯𝘵 𝘲𝘶’𝘪𝘭 𝘦𝘹𝘪𝘴𝘵𝘦𝘳𝘢, 𝘱𝘢𝘳 𝘭𝘦 𝘧𝘢𝘪𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘭𝘰𝘪𝘴 𝘦𝘵 𝘥𝘦𝘴 𝘮𝘰𝘦𝘶𝘳𝘴, 𝘶𝘯𝘦 𝘥𝘢𝘮𝘯𝘢𝘵𝘪𝘰𝘯 𝘴𝘰𝘤𝘪𝘢𝘭𝘦, 𝘵𝘢𝘯𝘵 𝘲𝘶𝘦 𝘭𝘦 𝘴𝘰𝘳𝘵 𝘥’𝘶𝘯 𝘦̂𝘵𝘳𝘦 𝘩𝘶𝘮𝘢𝘪𝘯 𝘴𝘦𝘳𝘢 𝘮𝘪𝘴𝘦́𝘳𝘢𝘣𝘭𝘦, 𝘪𝘭 𝘴𝘦𝘳𝘢 𝘯𝘦́𝘤𝘦𝘴𝘴𝘢𝘪𝘳𝘦 𝘥’𝘦́𝘤𝘳𝘪𝘳𝘦. »

Alors j’écris.
Alors je parle.
Pour qu’on le voie.
Pour qu’on l’entende.
Pour qu’on le respecte.
Pour qu’on l’aime.

J’écris pour qu’aucune étoile — cousue, peinte, gravée ou invisible — ne pèse plus jamais sur la nuque d’un enfant.

J’écris pour que les générations futures lisent dans leurs rides non la peur, mais la mémoire ;
non la crainte, mais l’exemple ;
non l’exil, mais l’appartenance.

Je vous le dis :
Ce peuple n’est pas une question.
Ce peuple est une réponse.

Il est la réponse au mal par la mémoire.
Il est la réponse à la haine par la transmission.
Il est la réponse au désespoir par la fidélité.

Que ceux qui l’insultent soient confondus.
Que ceux qui l’oublient soient instruits.
Que ceux qui le trahissent se souviennent : l’histoire ne pardonne pas ceux qui la répètent en silence.

Moi, je suis là. Je me tiens debout avec lui.
Je parle pour lui.
Non parce qu’il serait plus fragile,
mais parce qu’il est plus exposé.

Je le dis à ses enfants : ne baissez ni la tête, ni la voix.
Je le dis à ses vieillards : votre mémoire est un rempart, pas un fardeau.
Je le dis à ses ennemis : vous avez contre vous le temps, la vérité, et l’homme libre.

Et je le dis à l’Occident :

Tu ne te sauveras pas en trahissant les tiens.
Tu ne te relèveras pas en abaissant les autres.
Tu ne seras grand que si tu es juste.

Que cette étoile que l’on cousait jadis sur des vestes devienne une lumière, non une cible.
Qu’elle éclaire encore nos consciences, plutôt que de les brûler.

Et qu’on comprenne enfin : tant qu’un Juif aura peur de dire son nom, c’est l’État de droit qui se meurt.

Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.

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