Ne décernez pas de doctorat honoris causa à une antisémite comme Albanese*

Joël Kotek et Viviane Teitelbaum appellent trois universités flamandes à revenir sur leur décision d’attribuer un doctorat honoris causa à la Rapporteuse spéciale des Nations Unies Francesca Albanese*.

Mesdames, Messieurs les membres des Conseils d’administration,

Il a été annoncé que l’UGent, l’Universiteit Antwerpen et la Vrije Universiteit Brussel décerneront conjointement, le 2 avril 2026, un doctorat honoris causa à Mme Francesca Albanese, Rapporteure spéciale des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés.

Nous vous demandons solennellement de réexaminer cette décision au regard d’éléments publics qui posent un problème de dignité institutionnelle, de déontologie et de cohérence avec vos engagements académiques contre les rhétoriques de haine.

Notre démarche ne vise pas à interdire le débat sur Israël/Palestine ni à disqualifier la critique d’un gouvernement. Elle vise à vous alerter sur des dérives racistes et conspirationnistes de la personne que vous entendez honorer.

Mme Albanese s’est signalée, en effet, par une série de prises de position s’inscrivant, de manière récurrente, dans un répertoire de tropes antisémites.
En juillet 2014, elle écrivait sur Facebook que « l’Amérique est subjuguée par le lobby juif et les Européens par le sentiment de culpabilité de la Shoah ». En 2015, elle affirmait que la CIA et le Mossad seraient derrière les attentats de Paris contre Charlie Hebdo. Ces affirmations relèvent d’un imaginaire conspirationniste bien identifié : celui de la puissance occulte des Juifs, dont les Protocoles des Sages de Sion, faux fabriqué vers 1903 par la police politique tsariste, constituent l’archétype. Le tout récent dérapage n’est que la confirmation de sa weltanschauung antisémite.
Le 7 février, lors du 17ᵉ Forum d’Al Jazeera au Qatar, Mme Albanese a déclaré que « l’Humanité avait un ennemi commun ». Qu’elle ait visé Israël, comme le suggère la logique générale de son propos, ou le « système » comme elle tente désormais de l’accréditer, importe peu : dans les deux cas, on retrouve une structure totalisante typique de la pensée conspirationniste. L’idée d’un « système » oligarchique contrôlant « les vastes capitaux financiers, les algorithmes, les armes » au nom d’Israël renvoie directement à une grammaire de l’hostilité antijuive : une puissance transnationale, financière et technologique, dirigée en sous-main par des Juifs. C’est la syntaxe idéologique de courants néo-fascistes et/ou d’ultragauche obsédés par des figures-totems (Rothschild, Soros, Zuckerberg, Dassault, etc.), érigées en preuves d’un pouvoir judéo-sioniste clandestin.
Vous noterez au passage l’incongruité de ce discours tenu au Qatar, un État disposant de vastes capitaux et corrupteur s’il en est et ce, comble de l’ironie, aux côtés de Khaled Mechaal, dirigeant politique d’un mouvement responsable du plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah, et du ministre iranien Abbas Araghchi, quelques jours seulement après les pires massacres de civils à froid du 21e siècle.
Question : comment concilier une posture de morale universelle avec dans un environnement politique où l’on côtoie, sans distance explicite, des acteurs associés à des crimes contre l’Humanité ?

Le problème n’est donc pas l’existence d’une critique d’Israël, légitime en démocratie comme toute critique de politiques publiques, mais sa transformation en désignation démonologique. L’Etat des Juifs devient l’explication unique de l’injustice globale, la source de la corruption du monde, le foyer d’une menace universelle. Cette grammaire rappelle des récits de l’entre-deux-guerres et de l’Occupation, où « le Juif » était construit comme principe corrupteur universel. Les critiques adressées à Mme Albanese ne proviennent d’ailleurs pas seulement de ses contradicteurs habituels : plusieurs États européens (Autriche, Allemagne, France, République tchèque, Italie) réclament désormais sa révocation. On rappellera encore que Mme Albanese s’est illustrée par des propos troublants sur la presse : après le vandalisme du 28 novembre 2025 contre La Stampa par des militants propalestiniens, elle a requalifié l’agression en « avertissement » adressé aux médias, sommés de « revenir à leur rôle ».

Dès lors, la question se pose avec une clarté difficile à éluder : au regard de ces éléments, entendez-vous maintenir l’honneur académique suprême que représente un doctorat honoris causa ? Ce n’est pas un simple geste d’hospitalité : il appose un sceau d’exemplarité et engage, symboliquement, la responsabilité morale de l’institution. Vous avez développé, à juste titre, des politiques actives de lutte contre le racisme et les discriminations. En conséquence, nous vous demandons de suspendre la procédure de remise du doctorat honoris causa et d’ouvrir un réexamen formel de cette décision. En honorant une personnalité dont plusieurs prises de parole relèvent, au regard du droit belge, de la rhétorique raciste (essentialisation, loi Moureaux, 1981) et de logiques pouvant relever du négationnisme/minimisation (loi antinégationniste, 1995), vos universités prendraient le risque d’avaliser une manière de penser qui rappelle dangereusement une époque que l’on voudrait oublier.

* le titre, le sous-titre et la photo de l’article du Standaard sont le choix de la rédaction.

Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.