« L’IMAGE DU JUIF ET DE L’AUTRE
À BRUXELLES »
Communiqué de presse, 10 mars 2026
L’Institut Jonathas publie aujourd’hui les résultats d’une enquête d’opinion consacrée à l’antisémitisme et centrée exclusivement sur Bruxelles. Cette enquête réalisée avec l’Institut IPSOS Belgique fait suite au premier sondage, mené en 2024, toujours en collaboration avec IPSOS qui interrogeait l’ensemble de la Belgique.
Les résultats convergent de manière nette : l’étude met en évidence une population bruxelloise qui reste porteuse de nombreux stéréotypes antisémites “hérités du passé” d’ordre religieux ou politique ; des stéréotypes parfois formulés sans animosité apparente, comme des “évidences”, et donc d’autant plus susceptibles de banalisation, notamment dans les espaces numériques.
Quelques chiffres éclairants :
– 21% des sondés bruxellois considèrent que les Juifs constituent une race inassimilable ou encore
qu’ils sont responsables de la mort du Christ. Pour ces deux questions, le taux de non-réponse
est supérieur à 30%.
– 22% qu’ils ne sont pas des Belges comme les autres,
– 25% les tiennent pour responsables des crises économiques, un trope antisémite classique s’il
en est.
– 40% qu’ils contrôlent les secteurs financiers et bancaires,
– 70 % adhèrent à l’idée d’une forte solidarité intracommunautaire juive, un trope ancien mais
largement partagé.
S’ils sont parfois indexés sur le conflit israélo-palestinien, ces préjugés hostiles aux Juifs ne s’y réduisent pas et s’inscrivent dans une vision plus globale de l’altérité. Car outre l’antisémitisme, le questionnaire a également interrogé les préjugés sexistes et homophobes ainsi que le rapport au conflit israélo-palestinien, le complotisme et certaines connaissances factuelles. Notre étude souligne ainsi que les préjugés antisémites s’inscrivent dans un ethos sociopolitique plus large, caractérisé par un conservatisme moral et une défiance envers les principes d’égalité.
Ainsi, près de la moitié des répondants musulmans estiment qu’une femme doit obéir à son époux, seuls 31 % se déclarent favorables à l’adoption par des couples de même sexe et plus de 50 % adhèrent à des thèses complotistes telles que la négation de l’alunissage par les Etats-Unis.
Si l’étude confirme que les opinions antisémites traversent l’ensemble des familles sociales et politiques, leur intensité est nettement plus élevée dans certains segments structurés autour de trois pôles principaux :
– Les extrêmes politiques, tant à droite qu’à gauche, notamment parmi les sympathisants d’extrême-droite et du PTB ;
– Les plus jeunes générations ;
– Certains groupes définis par des facteurs ethnoreligieux, en particulier les Bruxellois musulmans et, dans une moindre mesure, les catholiques pratiquants.
Effets religion, politisation, génération
L’étude insiste sur la nécessité de ne pas essentialiser ces différents groupes. L’islam belge, notamment, est pluriel et hétérogène. Les écarts observés n’en demeurent pas moins statistiquement robustes et récurrents. Les données n’en confirment pas moins l’existence d’un « effet religion » déjà mis en évidence par notre précédente enquête.
Les répondants musulmans présentent des niveaux d’adhésion significativement plus élevés à certains stéréotypes antijuifs : 56 % estiment que les Juifs sont trop présents dans les médias et la politique (contre 31 % dans l’ensemble de l’échantillon) et 51 % les tiennent pour responsables de nombreuses crises économiques.
Chez les 18-35 ans, près de 40 % comparent le comportement d’Israël à celui des nazis, signe d’une banalisation de parallèles historiques extrêmes. La politisation apparaît également comme un facteur structurant majeur. L’étude montre que l’antisémitisme n’est plus l’apanage de l’extrême droite. Plusieurs foyers distincts existent aujourd’hui, notamment à gauche. Parmi les sympathisants d’extrême droite, 69 % estiment que les Juifs instrumentalisent la Shoah et 72 % l’antisémitisme à des fins d’intérêt. Mais certaines représentations sont
également très présentes chez les sympathisants du PTB : 33 % considèrent les Juifs comme une « race inassimilable », et moins d’un sur deux juge antisémite le fait de taguer un lieu juif pour protester contre Israël.
Ces résultats appellent une réponse collective. L’Institut Jonathas recommande de renforcer l’éducation historique, la littératie numérique et la vigilance face aux discours justifiant des agressions symboliques ou matérielles. Il plaide également pour l’officialisation de la définition de travail de l’International Holocaust Remembrance Alliance afin de mieux distinguer la critique légitime d’Israël des formes d’antisionisme réactivant des schémas antisémites.
L’attentat contre la synagogue de Liège confirme la libération non plus de la parole mais de l’acte antisémite, de cet antisémitisme d’agression qui ne cesse de monter.
— English version —
The image of Jews and others in Brussels
Press release March 10th, 2026
The Institut Jonathas publishes today the results of an opinion poll on anti-Semitism focusing exclusively on Brussels. This survey, conducted with IPSOS Belgium, follows on from the first poll, carried out in 2024, also in collaboration with IPSOS, which surveyed the whole of Belgium.
The results are clear: the study highlights that the population of Brussels continues to hold many anti-Semitic stereotypes “inherited from the past” of a religious or political nature; stereotypes that are sometimes expressed without apparent animosity, as “obvious truths,” and therefore all the more likely to be trivialized, particularly in digital spaces.
Some revealing figures:
– 21% of Brussels respondents consider Jews to be an unassimilable race or responsible for the death of Christ. For these two questions, the non-response rate is over 30%.
– 22% believe that they are not Belgians like everyone else,
– 25% hold them responsible for economic crises, a classic anti-Semitic trope if ever there was one.
– 40% believe that they control the financial and banking sectors,
– 70% subscribe to the idea of strong solidarity within the Jewish community, an old but widely held trope.
Although these prejudices against Jews are sometimes linked to the Israeli-Palestinian conflict, they are not limited to it and are part of a more comprehensive view of otherness.
In addition to anti-Semitism, the questionnaire also adresses sexist and homophobic prejudices, attitudes toward the Israeli-Palestinian conflict, conspiracy theories, and certain factual knowledge.
Our study thus highlights that anti-Semitic prejudices are part of a broader sociopolitical ethos characterized by moral conservatism and distrust of the principles of equality. For example, nearly half of Muslim respondents believe that a woman should obey her husband, only 31% are in favor of adoption by same-sex couples, and more than 50% subscribe to conspiracy theories such as the denial of the US moon landing.
While the study confirms that anti-Semitic views are present across all social and political groups, they are significantly more intense in certain segments structured around three main poles:
– Political extremes, both on the right and on the left, particularly among supporters of the far right and the PTB (Belgian Communist Party);
– The younger generations;
– Certain groups defined by ethno-religious factors, in particular Muslim Brussels residents and, to a lesser extent, practicing Catholics.
Effects of religion, politicization, and generation
The study emphasizes the need to avoid essentializing these different groups. Belgian Islam, in particular, is pluralistic and heterogeneous.
Nevertheless, the differences observed remain statistically significant. The data nonetheless confirms the existence of a “religion effect” already highlighted in our previous survey.
Muslim respondents show significantly higher levels of agreement with certain anti-Jewish stereotypes: 56% believe that Jews are too present in the media and politics (compared to 31% of the sample as a whole) and 51% hold them responsible for many economic crises.
Among 18-35 year olds, nearly 40% compare Israel’s behavior to that of the Nazis, a sign of the trivialization of extreme historical parallels.
Politicization also appears to be a major structuring factor. The study shows that anti-Semitism is no longer the preserve of the far right. Several distinct pockets exist today, particularly on the left. Among far-right supporters, 69% believe that Jews exploit the Holocaust and 72% believe they exploit anti-Semitism for their own interests. But certain representations are also very present among PTB supporters: 33% consider Jews to be an “unassimilable race,” and less than one in two consider tagging a Jewish site in protest against Israel to be anti-Semitic.
These results call for a collective response. The Institut Jonathas recommends strengthening historical education, digital literacy, and vigilance against discourse that justifies symbolic or physical attacks. It also advocates for the formalization of the working definition of the International Holocaust Remembrance Alliance in order to better distinguish legitimate criticism of Israel from forms of anti-Zionism that revive anti-Semitic patterns.
The attack on the synagogue in Liège confirms that it is no longer just anti-Semitic speech that has been unleashed, but anti-Semitic acts, this aggressive anti-Semitism that continues to rise.
Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.



