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Le 7 octobre, la Belgique et moi #32

La fin d’un mythe

PHILIPPE BRANDES

10 novembre 2025

Qu’il explose ou qu’il implose, il faut qu’un mythe s’écroule afin que ceux qui y croyaient se rendent compte qu’il s’agissait d’un mythe.

En ce qui concerne Israël, pour le juif que je suis comme pour nombre de juifs en Israël et de par le monde, le mythe reposait sur une triple certitude. Trois profondes convictions, dont il ne reste rien aujourd’hui, ou si peu. Sinon le souvenir et, déjà, la nostalgie.

  1.   Israël, qui jusqu’au 7 octobre 2023 était considéré comme le pays refuge pour les Juifs du monde entier, a perdu ce statut. Les massacres perpétrés ce jour-là et les jours suivants, sans rencontrer de résistance sérieuse, a mis à bas cette certitude. Le gouvernement israélien n’a pas réussi à protéger ses citoyens, il avait dégarni peu avant la frontière avec Gaza pour assurer la protection des colons de Cisjordanie dans leur entreprise criminelle, et les cris d’alarme lancées par les sentinelles (femmes) avant l’attaque n’ont pas été pris au sérieux, tant le sentiment de supériorité des Israéliens les avait (nous avait) emplis d’orgueil et rendus aveugle. À force d’être trop sûr de soi, on devient bête, c’est bien connu.

Je me trouvais ce jour-là entre Tel-Aviv et Jaffa, j’étais revenu au pays où j’avais passé la moitié de ma vie, mes plus belles années. Je me souviens, la journée était superbe et les rues étaient emplies de familles célébrant Souccot dans l’insouciance et la joie. Les nouvelles commençaient à arriver, plutôt des bruits que des nouvelles, et personne ne comprenait encore la gravité de ce qui se passait tant l’ambiance était à la fête. Deux jours plus tard, le 9 octobre, paraissait dans l’un des quotidiens du pays une caricature d’Amos Biedermann qui en disait plus que mille mots : au centre, le premier ministre Netanyahou (dont on reconnaît le sommet du crâne) avec, terrés sous la table de réunion, les membres de son gouvernement. Tous, impuissants, incapables de réagir. 

  1.   Les Juifs, disait ma mère, « ne font pas ça ». Si les nouvelles à la radio faisaient état d’exactions commises par l’armée de Tsahal, elle répliquait en effet sans hésiter : « Les Juifs ne font pas ça ! »  Israël était sa seule et unique foi. Elle voulait dire par là que si les soldats de Tsahal se battaient, ils le faisaient de façon à éviter au maximum les victimes innocentes, civiles, et ne commettait certainement pas de « crimes de guerre ». Cette croyance a survécu, non sans fondement, jusqu’à tout récemment, persuadés que nous étions d’avoir l’armée « la plus humaine au monde ». Là aussi, sentiment de supériorité, morale en l’occurrence.

Avec plus de 65000 victimes à Gaza, moi je n’y crois plus. Des Juifs « font ça », ils ne sont guère différents, ils sont sans pitié lorsqu’ils voient rouge, aveuglés par la soif de vengeance après le terrible massacre du 7 octobre.

  1.   Enfin, troisième conviction qui éclate en morceaux : celle de la solidarité. Je veux parler ici des civils pris en otages, prisonniers de l’ennemi. Pour le gouvernement israélien, et pour leur chef (trop occupé à démembrer la Justice et la Démocratie, à asseoir son pouvoir et garantir son impunité), leur sauvetage n’a manifestement pas été une priorité. La sacro-sainte solidarité qui était de rigueur jusque-là – celle qui voulait qu’on ne laisse jamais l’un des nôtres « en arrière », aux mains de l’ennemi – avait cédé la place au slogan de « victoire totale ». Sans l’intervention décisive du président américain, l’on n’aurait jamais vu l’échange des 20 otages encore en vie contre des prisonniers palestiniens.

Pour moi, ce triple changement de paradigme représente une véritable trahison. La fin du mythe Israël, et la fin de ma « foi » sioniste. Et me voilà à présent à Bruxelles, ne sachant plus où je veux être : dans un Israël dominé par des fanatiques sans morale et sans cœur, ou habitant une ville qui, faisant fi du poison islamiste, porte la cause palestinienne aux nues, from the river to the sea.

Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.

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