Le 7 octobre, la Belgique et moi #39
Le triomphe sélectif du contexte
NADIA GEERTS, essayiste et chroniqueuse
12 janvier 2026
Dès le 7 octobre, le ton était donné, par un professeur de droit international qui expliquait que « le Hamas, à un moment donné, a voulu rompre les lignes, bouleverser la situation », reprochant au Premier ministre Alexander De Croo de condamner l’attaque du Hamas « sans prendre en considération le contexte beaucoup plus global« .
Allons bon… Il fallait « mettre en contexte ».
Quelques jours plus tard, le 11 octobre, avait lieu une grande manifestation devant le ministère des Affaires étrangères, à Bruxelles. Là encore, des éléments de « contexte » tenaient le haut du pavé, qu’il s’agisse du mot d’ordre « officiel » réclamant « un cessez-le-feu et une paix juste, contre la violence coloniale et l’apartheid » – sans la moindre évocation du massacre et des otages détenus par le Hamas ! -, ou de l’invitation bien plus explicite encore de Samidoun Brussels, faisant ni plus ni moins que l’éloge des actes terroristes du Hamas :
« Depuis la matinée du 7 octobre, la résistance s’est levée à travers la Palestine occupée, brisant le siège inique de Gaza, reprenant le contrôle des territoires palestiniens, faisant prisonniers des soldats d’occupation et des colons, lançant des milliers de roquettes contre l’occupant, les forces de résistance faisant avancer la lutte pour la libération de la Palestine et pour le retour. (…) Nous appelons (…) à exprimer leur soutien à l’héroïque résistance palestinienne et à se joindre à nous ce mercredi.
Gloire aux martyrs !
Victoire de la résistance palestinienne !
Longue vie à la lutte pour le retour et la libération, du fleuve à la mer !«
Le décor était ainsi planté et les rôles distribués : bien sûr, le 7 octobre, c’était pas bien, mais il faut remettre les choses dans leur contexte, comprenez-vous. Face à un État colonial, puissant et bafouant les droits élémentaires du peuple palestinien, il fallait comprendre que certains aient voulu « faire bouger les lignes ». Terroristes ? À voir… Des résistants pour certains, des héros de la libération nationale, ou à tout le moins des gens qu’il faut comprendre. Car il faut toujours tenter de comprendre les motivations des faibles, leur souffrance, leur révolte, leur rage même.
Avoir envie de planter un couteau dans la gorge de chaque Juif ? Le contexte !
Faire l’apologie du terrorisme sur un campus libre-exaministe ? Le contexte !
Élire Rima Hassan comme marraine de la promotion de droit ? Le contexte !
La profanation de la tombe de Jean Gol ? Le contexte !
L’annulation du concert de l’orchestre philharmonique de Munich ? Le contexte !
Un député bruxellois qui compare Gaza à Auschwitz ? Le contexte !
Des pavés de mémoire tagués d’un très explicite « Gaza » ? Le contexte !
Comparer une prison israélienne où on a été détenu trois jours à un camp de concentration ? Le contexte !
L’augmentation exponentielle de l’antisémitisme ? Le contexte !
Rien, par contre, ne saurait excuser les propos jugés insuffisamment critiques envers la politique israélienne depuis le 7 octobre. Il n’y a pas de contexte qui tienne, il faut condamner fermement et sans tortiller, sous peine d’être taxé de complicité avec l’innommable !
Un récit s’écrit ainsi sous mes yeux épouvantés, qui fait insidieusement d’Israël un État non seulement colonial et fascisant, donc illégitime par essence, mais pire encore : génocidaire !
Quant au Hamas, il faudra plus de deux ans pour qu’Amnesty International admette qu’il avait commis des crimes contre l’humanité, dont celui d’ « extermination » lors de l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël… alors qu’il accuse ce dernier de génocide depuis décembre 2024 !
Et comble de paradoxe : ceux qui prétendent détenir la vérité sur le sujet traitent de « négationnistes » ceux qui tentent d’introduire un peu de nuance et de… contexte.
Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.



