Le 7 octobre, la Belgique et moi #41
Une date bascule, vue de Belgique
PROFESSEUR PHILIPPE GOLSTEIN, gastro-entérologue
26 janvier 2026
Extrait (texte intégral ici)
Le samedi 7 octobre 2023, une date qui restera à jamais marquée du sceau de l’infamie, et à double titre.
Le pire massacre de Juifs depuis la Shoah
Il s’agit d’abord, du pire massacre de Juifs depuis la Shoah. Il a été prémédité et perpétré en Israël par les terroristes islamistes du Hamas et du Jihad islamique palestinien et par ceux du FPLP[1] .
Plus de 1200 personnes ont été tuées dans des conditions abominables et summum de l’abjection, 251 personnes ont été prises en otage dont des blessés, des femmes, des enfants, des vieillards ainsi que des dépouilles de certains qui venaient d’être assassinés.
Cette tragédie a pu se produire à la suite d’un invraisemblable fiasco de la chaîne sécuritaire israélienne. Celle-ci a sous-estimé ces organisations palestiniennes dont l’objectif est pourtant d’éradiquer l’État d’Israël et n’a manifestement pas tenu compte des leçons du passé.
La guerre de Kippour d’octobre 1973 qui n’avait pas été anticipée par les services israéliens avait pourtant été un très sérieux avertissement. L’ampleur de la faille sécuritaire actuelle fait également penser à celle des services américains qui avait permis l’attaque surprise de Pearl Harbor par les Japonais, le 7 décembre 1941.
Le prétexte d’une nouvelle vague d’antisémitisme planétaire
Le 7 octobre 2023 est également le prétexte d’une nouvelle vague d’antisémitisme planétaire, sous la forme d’un antisionisme forcené, qui a commencé avant même que Tsahal n’intervienne à Gaza pour récupérer légitimement les otages, et qui s’est répandue de manière foudroyante, dès les premiers bombardements des sites terroristes à Gaza.
Un antisionisme anticolonialiste antisémite
Une propagande propalestinienne d’inspiration wokiste, et bien préparée depuis 2005 par le mouvement international BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions[2]) présente le Palestinien comme la victime absolue de l’oppression d’Israël, état illégitime, fondé sur un sionisme colonialiste et d’apartheid.
Les massacres du 7 octobre ont été immédiatement exploités par cette propagande qui les a glorifiés en les qualifiant d’actes de la résistance légitime du peuple palestinien tout en minimisant, voire en occultant leur barbarie intentionnelle. Le slogan « Palestine will be free from the river to the sea » qui prône en réalité l’éradication d’Israël, a été rapidement repris[3].
La définition fallacieuse du sionisme, l’assimilant à du colonialisme, a permis de rallier à la cause palestinienne des mouvements d’intérêts pourtant divergents et même contradictoires en les fédérant contre un dénominateur commun : l’antisionisme et la détestation de l’État d’Israël, mais en réalité la haine du Juif[4].
Le narratif de l’antisionisme anticolonialiste humanitaire a rapidement imprégné les cerveaux de tous les “idiots utiles”. Il a été repris par tous les “bien-pensants” issus majoritairement des milieux de gauche, qui ont fait abstraction des racines extrêmement complexes du conflit israélo-palestinien et, élément essentiel, de sa dimension religieuse[5].
Il est intéressant de relever que cette rhétorique est celle portée par la charte du Hamas modifiée en 2017[6] qui indique ce qui suit :
- art. 14. Le projet sioniste est un projet raciste, agressif, colonial et expansionniste basé sur l’appropriation violente de ce qui appartient à d’autres ;
- art. 15. Le projet sioniste représente également un grand danger pour la sécurité et la paix internationales et la stabilité de l’humanité tout entière.
- art. 17. Le mouvement sioniste … est la forme la plus dangereuse de l’occupation colonialiste qui a déjà disparu du reste du monde et doit disparaître de la Palestine.
- art. 18. … La création d’”Israël” est entièrement illégale…
- art. 19. Il n’y aura aucune reconnaissance d’une légitimité de l’entité sioniste.
- art. 20. … Le Hamas rejette toute alternative à la libération complète et achevée de la Palestine, du fleuve à la mer.
Rappelons également que le Hamas se revendique des Frères musulmans à l’article 2 de sa charte de 1988[7].
La triade sioniste-fasciste-génocidaire et l’inversion des rôles
En réalité, cet antisionisme est profondément antisémite[8]. Il relève d’un antisémitisme structurel et s’appuie sur un raisonnement quasi-syllogistique dont les prémisses sont biaisées:
- sauf exception, tout Juif est sioniste ou prosioniste et soutient Israël ;
- Israël est un état colonialiste, fasciste, raciste et génocidaire ;
- tout Juif est dès lors complice, et donc un sioniste-fasciste-génocidaire[9].
La conclusion qui en découle devient alors évidente : le Juif n’est plus une victime mais un bourreau qu’il est légitime de combattre avec une extrême vigueur.
Il faut ajouter que l’étiquette « fasciste » est aujourd’hui employée de manière inflationniste, très souvent sans se soucier de sa signification, comme un marqueur d’infamie destiné à disqualifier définitivement l’adversaire, et, dans certains discours, à légitimer sa mise à l’écart par la manière forte ou même à justifier son élimination.
Quant à l’accusation de génocide, il s’agit d’une stratégie de diabolisation maximale : elle assigne à Israël -et, par glissement, aux Juifs- le poids du crime absolu.
Dans ces conditions, le cliché antisémite contemporain criminalise le Juif en amalgamant systématiquement Juif, sioniste, fasciste et génocidaire, jusqu’à produire l’analogie ultime : transformer le Juif en nazi[10].
Il y a lieu de rappeler que la nazification des Juifs est déjà un des thèmes portés par le Hamas dans sa charte initiale de 1988[11] :
- art. 20 : … un ennemi à la cruauté nazie dans ses pratiques… Le nazisme des Juifs vise également les femmes et les enfants … ;
- art 31 : Les pratiques sionistes nazies à l’encontre de notre peuple ne parviendront pas à prolonger leur invasion…
Cette inversion accusatoire déculpabilise également de la Shoah et aboutit à l’idée que les Juifs sont les vrais terroristes. Il est ainsi fréquent d’entendre scander lors des manifestations propalestiniennes le thème “sionistes, fascistes, c’est vous les terroristes”.
La triade sioniste-fasciste-génocidaire s’appuie également sur les interprétations partisanes du droit international qui condamnent systématiquement l’État d’Israël, en lui appliquant un double standard spécifique, sur les nombreuses déclarations et rapports de l’ONU toujours accablants et sur les rapports à charge des ONG comme ceux d’Amnesty International[12].
Un antisémitisme décomplexé et banalisé en Belgique (…)
[1] Front populaire de libération de la Palestine
[2] BDS selon l’association belgo-palestinienne
[3] BDS site officiel
[4] Nora Bussigny. Les nouveaux antisémites. Albin Michel 2025
[5] Charte du Hamas mai 2017 – Préambule : La Palestine est une terre dont le statut a été renforcé par l’Islam ; La Palestine est l’esprit de la Oummah [la communauté des Croyants]. Article 1 : Le Mouvement de résistance islamique “Hamas” …. Son cadre de référence est l’Islam qui détermine ses principes, ses objectifs et ses moyens. Article 3 : La Palestine est une terre islamique arabe. C’est une terre sacrée et bénie… Article 7 : La Palestine est au cœur de la Oummah arabe et islamique. Article 10 : Jérusalem est la capitale de la Palestine… Ses lieux saints islamiques et chrétiens appartiennent exclusivement au peuple palestinien et à la Oummah arabe et islamique. Article 18 : La création d’Israël va contre… la volonté de la Oummah… Article 25 : Résister à l’occupation avec tous les moyens et méthodes est un droit légitime garanti par les lois divines… Webzine Chronique de Palestine – Charte du Hamas en français
[6] Webzine Chronique de Palestine – Charte du Hamas en français
[7] Charte du Hamas 18/08/1988 – Art. 2 : Le Mouvement de la Résistance Islamique est l’une des ailes des Frères musulmans en Palestine
[8] Définition de l’antisémitisme de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance): analyse et propositions d’Unia, 4 janvier 2021, p.10-11
[9] Euronews – Liste de « génocidaires » à boycotter : remous autour de la guerre à Gaza à Lyon 2
[10] SudInfo – Actes antisémites à l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles ce jeudi : il y en a aussi sur les campus universitaires, l’inquiétude est vive parmi les étudiants juifs, entre autres à l’ULB ! ; Philomag – Nazifier les Juifs, une nouvelle forme d’antisémitisme ; Telos – Comment criminaliser les Juifs aujourd’hui ?
[11] Charte Initiale du Hamas 1988 Jean-François Legrain, Les voix du soulèvement palestinien 1987-1988, Le Caire, Centre d’Etudes et de Documentation Economique, Juridique et Sociale (CEDEJ), 1991
[12] Rapport d’Amnesty International décembre 2024 – Israël commet un génocide à Gaza
Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.


