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Sanctionné pour avoir parlé d’antisémitisme

Viviane Teitelbaum, Doubi Ajami, Marina Blitz et Richard Laub,
pour l’Institut Jonathas.

27 mai 2026

Nous avons appris avec consternation l’éviction du Professeur Joël Kotek de la délégation belge auprès de l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), après plus de quinze années d’engagement au service de la mémoire de la Shoah et de la lutte contre l’antisémitisme dans cette institution. Cette décision nous choque profondément.

Elle choque d’abord par ce qu’elle dit du traitement réservé à l’un des plus grands spécialistes belges de l’histoire de la Shoah, des génocides et de l’antisémitisme contemporain. Historien reconnu internationalement, auteur de référence, professeur, chercheur, pédagogue infatigable, Joël Kotek a consacré sa vie intellectuelle à transmettre l’histoire, à déconstruire les discours de haine et à défendre les valeurs démocratiques que la mémoire de la Shoah oblige à protéger. Mais cette décision choque surtout par ce qu’elle semble sanctionner : le fait d’avoir parlé de l’antisémitisme contemporain dans le cadre même d’une organisation créée pour le combattre.

Lors d’une réunion de l’IHRA consacrée à l’évolution de l’antisémitisme depuis le 7 octobre, Joël Kotek a évoqué des réalités belges bien connues : l’affaire Brusselmans, le carnaval d’Alost, les menaces visant une sénatrice ou encore le climat sécuritaire qui impose aujourd’hui la présence de militaires devant certaines écoles juives. Il ne s’agissait ni d’une attaque contre la Belgique ni d’une prise de position partisane. Il s’agissait d’un constat lucide, documenté et responsable.

Faut-il désormais taire certaines formes d’antisémitisme pour préserver une image officielle rassurante ? Faut-il accepter que la mémoire de la Shoah soit commémorée tant qu’elle reste tournée vers le passé, mais qu’elle devienne dérangeante dès qu’elle éclaire le présent ? Faut-il considérer que certaines manifestations de haine antijuive peuvent être dénoncées sans risque, tandis que d’autres devraient être minimisées parce qu’elles dérangent davantage politiques ou idéologues ?

Ces questions sont graves. Elles dépassent largement le cas personnel de Joël Kotek. Car une démocratie mature ne sanctionne pas les expertes et les experts qui nomment les réalités inquiétantes. Elle les écoute. Elle débat avec eux. Elle protège leur indépendance intellectuelle. L’IHRA n’a de sens que si ses experts peuvent travailler librement, sans pression politique ni autocensure implicite. Plusieurs collègues internationaux de Joël Kotek ont d’ailleurs exprimé leur incompréhension et leur inquiétude face à cette éviction, rappelant l’importance de son apport scientifique et humain au sein de l’organisation.

Nous refusons une lutte contre l’antisémitisme qui ne tolérerait que les formes anciennes, consensuelles et muséifiées de la haine antijuive, tout en devenant hésitante lorsqu’il s’agit d’en reconnaître les expressions contemporaines. Nous refusons aussi que ceux qui alertent soient transformés en problème. À travers Joël Kotek, c’est une certaine idée de la vigilance démocratique qui est mise à l’épreuve. Une vigilance qui consiste précisément à voir ce que d’autres préfèrent ne pas voir. Une vigilance qui rappelle que l’antisémitisme n’appartient pas au passé et qu’il demeure, aujourd’hui encore, un révélateur de l’état moral et démocratique de nos sociétés.

Nous exprimons à Joël Kotek notre soutien, notre amitié et notre reconnaissance.

Et nous affirmons qu’écarter une voix aussi essentielle n’affaiblit pas seulement la lutte contre l’antisémitisme : cela affaiblit aussi la crédibilité de ceux qui prétendent la porter.

Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.

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