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Israël, les incendies californiens et l’invariant de l’antisémitisme,

Joël Kotek, 16 janvier 2025

L’accusation absurde selon laquelle Israël serait responsable des incendies en Californie illustre un invariant fondamental de l’antisémitisme : la désignation du Juif pour expliquer la moindre catastrophe ou calamité, peu importe la faiblesse, voire l’absence, de lien de causalité. Ces accusations, dépourvues de fondements rationnels, s’inscrivent dans une longue tradition où les Juifs se voient accusés des pires maux frappant la société. Hier, les Juifs étaient accusés de provoquer des fléaux naturels, telle la peste à l’époque médiévale. C’est ainsi qu’en 1910, Édouard Drumont, le pape de l’antisémitisme français, accuse les Juifs d’être responsables de la crue centennale de la Seine. Selon lui, le déboisement en amont de Paris, causé par des sociétés prétendument contrôlées par des Juifs, aurait transformé la « Gaule chevelue » en « Gaule chauve ». Cette vente des forêts est naturellement assimilée à la prétendue trahison de l’affaire Dreyfus. La simple explication naturelle ne suffit plus, on a donc recours à la rumeur, à la calomnie.

Rien n’a vraiment changé depuis, comme on a pu le constater à l’occasion de l’épidémie de la COVID-19, où des complotistes antisémites n’ont pas hésité à accuser les Juifs et/ou Israël d’en être les instigateurs et bénéficiaires. À tout le moins, un schéma cognitif rassurant et payant !

Aujourd’hui, c’est souvent Israël, incarnation moderne du peuple juif, qui se trouve pointé du doigt pour expliquer la moindre catastrophe. Le dernier exemple en date : la culpabilité de l’État juif dans les terribles et meurtriers incendies qui frappent depuis peu la Californie. C’est ainsi que Fatima Mohammed, une des dirigeantes de la mouvance propalestinienne Within Our Lifetime, déclare, image d’incendies à l’appui, que « les flammes de Gaza ne s’arrêteront pas là. » C’est sur Instagram que le lien entre Gaza et la Californie fut mis en avant par Code Pink, un groupe d’activistes d’extrême gauche (« lorsque les impôts américains servent à brûler des personnes vivantes à Gaza, il ne faut pas s’étonner que ces incendies reviennent à la maison ») ou encore par Jewish Voice for Peace, l’équivalent étatsunien de Tsedek ou encore de la toute récente Anti(Zionist) Jewish Alliance in Belgium (AJAB). À suivre l’autoproclamée et bien mal nommée « voix juive pour la paix », « Plutôt que de consacrer des ressources à rendre notre pays vivable, notre gouvernement dépense des milliards pour le génocide des Palestiniens de Gaza par Israël. »

On le sait, le virus antisémite n’a jamais épargné les Juifs et ce, depuis l’Antiquité. Songeons au cas de Tibère Alexandre, le neveu du philosophe juif Philon, qui participa au massacre des Juifs d’Alexandrie en 66, puis à la destruction de Jérusalem par Titus en 70. L’antisémitisme de ces organisations juives ne découle en rien de leur soutien tout à fait légitime à la cause palestinienne mais de leur soutien implicite au Hamas, sans même parler de leur espoir de voir disparaître le seul État juif de la surface de la terre. On comprend, dès lors, aisément pourquoi ces organisations, juives comme « progressistes », n’ont nullement songé à incriminer l’Ukraine, autre nation bénéficiaire des États-Unis en matière d’armement. Ce sont les Juifs, certes grimés ici en Israéliens, qui sont responsables des malheurs du monde capitaliste.

L’accusation à l’encontre d’Israël est un exemple contemporain de ce que Cicéron appelait déjà calumnia, le mensonge délibéré pour nuire. Elle illustre à quel point l’antisémitisme moderne adapte ses thèmes à l’actualité. Le modus operandi est une constante : une tragédie survient, et, sans preuve, les Juifs sont accusés. Une touriste allemande est-elle mangée au large de Sharm-el-Sheikh par un requin que le ministre du Tourisme égyptien incrimine, devinez qui ? Le Mossad. Ces calomnies reposent sur une logique irrationnelle, mais trouvent un écho auprès de ceux qui cherchent des coupables faciles à des phénomènes complexes. Elles ne visent pas seulement à expliquer l’inexplicable, elles s’inscrivent aussi dans une stratégie délibérée visant à attiser la haine du Juif et justifier, par-là, le pire. Sous couvert d’une prétendue recherche de la vérité, les antisémites perpétuent un discours de haine qui traverse les siècles, utilisant chaque nouveau contexte pour réactiver de vieilles accusations. Avec l’avènement des réseaux sociaux, ces calomnies trouvent un écho démultiplié, une amplification mondiale instantanée.

La lutte contre l’antisémitisme ne passe pas seulement par le démenti de telles absurdités, mais par l’éducation et la vigilance pour comprendre les mécanismes profondément ancrés de cette haine séculaire. Par l’effet d’un habitus antisémite solidement tapi au tréfonds de l’inconscient collectif, sinon par commodité ou par pur cynisme, les Juifs, hier comme aujourd’hui, sont mis en accusation. Et ça marche.

Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.

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