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En 1967 déjà on traita les Juifs de: “peuple d’élite, sûr de lui et… dominateur” (De Gaulle).
La réaction du caricaturiste Tim dans Le Monde fut cinglante (3 décembre 1967).

Israël, Juif des nations

Lettre ouverte de l’Institut Jonathas

co-signée par 70 personnalités, pour la plupart Docteur dans leur discipline, en réponse à « La pensée du jour » du 8 octobre 2026, un article de Raf Njotea, chroniqueur permanent du journal De Standaard, plus grand quotidien d’opinion néerlandophone en Belgique.

Le 8 octobre 2026, De Standaard a choisi comme pensée du jour cette phrase de Raf Njotea: « Les paroles et les actes des dirigeants israéliens, racistes et bellicistes, convainquent de plus en plus le monde qu’Israël est un État voyou qui n’a jamais eu la moindre chance de réussir, qui n’a jamais eu la légitimité nécessaire. » La phrase commence par une critique de gouvernement et, écourtée de façon abrupte, finit par la sentence que cet Etat n’a « jamais eu la légitimité nécessaire », ce qui le condamne à cesser d’exister.

Le message est clair. Israël n’a aucune légitimité et n’en a jamais eue, bref, Israël se doit d’être annihilé. Lui et lui seul. Personne ne conclut, en effet, des crimes de Poutine que la Russie n’aurait jamais dû exister, pas plus que de ceux d’hier de la Belgique au Congo ou que le Nigéria du fait des crimes commis au Biafra est illégitime depuis sa naissance. Les violences d’un Etat ne le condamnent pas à mort.
Un journal qui prétend accueillir le débat choisit donc, pour sa pensée du jour, la nécessité pure et simple de mettre fin à l’existence du seul Etat juif de la planète. Il se trouve vingt-deux Etats arabes, tous confessionnels. Cette tribune n’est pas un accident. C’est une ligne. Auschwitz avait mis l’antisémitisme en sommeil. Il attendait une grammaire morale acceptable. Pour délégitimer Israël, il fallait un signifiant maître (Lacan), un verdict définitif. On l’a trouvé : « colonialiste ». Le mot ne sert plus à analyser les faits mais à prononcer une excommunication. Il a pris une charge presque théologique et désigne un mal absolu à l’exemple du mot génocide, adossé lui aussi, et bien à tort, à Israël.  Affirmer qu’Israël soit né d’une entreprise coloniale résiste mal à l’examen. Une colonisation suppose une métropole (la Belgique), une étrangéité au territoire (les Belges au Congo), une volonté d’exploitation des populations autochtones (Léopold II). Les Juifs sont des autochtones sur cette terre qui est autant, faut-il le préciser, Israël que la Palestine. Notre chroniqueur oublie-t-il que la majorité de la population israélienne n’est pas « blanche » mais originaire du monde arabe ? Quant à l’idée de colonialisme, il faudra rappeler que la puissance mandataire, la Grande-Bretagne, a combattu le projet sioniste : Livre blanc de 1939 interdit toute immigration juive au moment précis où l’entreprise nazie se précisait, blocus naval jusqu’en…1948. L’armée jordanienne qui envahit le jeune Etat juif à l’aube du 15 mai 1948 est dirigée par des officiers britanniques. Idem pour l’Egypte monarchique. Le mouvement sioniste fut un mouvement de réfugiés, majoritairement progressistes (kibboutzim), autant qu’un mouvement national. On peut en discuter les modalités, et l’on doit en discuter les conséquences néfastes pour les Palestiniens -les départs volontaires et les expulsions, les villages détruits, tout cela est établi nous ne le nions pas. Nous nous opposons tout autant aux agissements inqualifiables des jeunes dits des collines. Mais faire de 1948 un simple chapitre de l’histoire des empires européens exige d’ignorer que les Juifs d’Europe n’étaient les colons de personne, et que les Juifs européens et du monde arabe n’y sont pas arrivés en conquérants mais en exilés désarmés. Pour reprendre l’historien Adam Kirsch, on compare les Israéliens aux colonialistes européens, mais la bonne comparaison est de comparer les Juifs non aux Belges mais aux Congolais qui étaient alors, tout comme eux, des mineurs au regard de l’histoire. On le voit, l’accusation n’a absolument aucun fondement mais elle remplit son office. Une fois Israël décrété Etat colonial et génocidaire, toute discussion devient inutile et sa
disparition devient une exigence morale.

Un refuge sans légitimité ?
Il faut donc rappeler à notre penseur du jour et à ses éditeurs d’où vient cet « État voyou ». Il n’est pas sorti de l’imagination de Herzl, mais des aspirations d’un peuple trois fois millénaire, plus que jamais meurtri par le terrible XXe siècle (Camus). Nul besoin de rappeler que la Shoah a emporté les 2/3 des Juifs d’Europe. De Gand à Riga, des Européens ont traqué leurs voisins juifs. Ensuite, est venu l’antisémitisme d’État soviétique. Enfin, les nationalismes arabes ont vidé le monde arabe de plus de 99 % de ses communautés juives présentes depuis l’Antiquité, bien avant donc la conquête arabo-musulmane. Les survivants de Varsovie mais aussi d’Anvers, les expulsés de Bagdad, du Caire, de Kaboul, les refuzniks de Moscou et les exilés du Maroc n’eurent d’autre choix que de s’établir sur la Terre de leurs ancêtres quand elle leur fut enfin ouverte. Les Juifs sont des autochtones. Yeshua, que l’on nomme Jésus en Occident, était enfant de Judée. Faut-il le rappeler à un journal qui s’est longtemps placé sous son signe, AVV/VVK, Alles voor Vlaanderen / Vlaanderen voor Kristus ?

De Standaard, 1948
Oserait-on rappeler ici que la petite musique antisioniste n’est pas étrangère au Standaard ? En 1948, le quotidien qui arborait encore la devise AVV-VVK se défiait d’un retour des Juifs en Terre sainte. Les Juifs n’avaient-ils pas été condamnés à l’errance pour avoir crucifié le Christ ? Qui plus est, ces Juifs dits sionistes n’étaient- ils pas des athées et des marxisants, bien trop proches des Soviétiques ? De Standaard rejette ainsi le plan de partage et déplore que tant de délégations à l’ONU s’y soient ralliées au dernier moment sous la pression américaine. Le 4 mai 1948, avant même l’entrée des armées arabes en Palestine, le journal catholique désigne sans fondement l’agresseur : « Les Juifs ont pris l’initiative de la terreur. ». Et il justifie l’invasion à venir : « Les Arabes doivent-ils laisser, sans rien dire, dépouiller de leur terre leurs frères de sang et de culture ? » Et le 19 septembre 1948, trois ans après la libération des camps, il écrit : « Les Juifs, qui avaient gagné partout dans le monde une grande sympathie comme victimes de la folle politique de violence de Hitler, se montrèrent bientôt les bons élèves de Hitler. » En novembre 1948, quelques jours avant l’adoption de la Convention sur le génocide par l’ONU, le quotidien emploie déjà le mot « génocide » et en détourne le sens : refuser le retour des réfugiés arabes « serait un génocide ». Tout y est. La nazification d’Israël et l’accusation de génocide datent de 1948, l’année même de la naissance de l’État et du concept onusien.

Vieux motifs, nouvelle grammaire : se laver d’Auschwitz
On le voit, aujourd’hui les vieux motifs n’ont pas disparu, ils ont été tout simplement traduits. Ce qui se disait hier dans la langue de la théologie, de la « question sociale », ou de la race se dit aujourd’hui dans celle de l’antiracisme.  Comment comprendre cette obsession ? Dès les années 1950, Adorno et Peter Schönbach ont donné un nom à ce phénomène : l’antisémitisme secondaire. C’est un antisémitisme qui existe non pas malgré Auschwitz, mais à cause d’Auschwitz. Faire des victimes d’hier les nazis d’aujourd’hui, c’est solder la dette de la Shoah à bon compte. Que ce raisonnement prospère en Flandre ne doit rien au hasard. Près de 67% des Juifs de la métropole anversoise ont été assassinés et ce, contre 35% des Juifs de Bruxelles et 26% des Juifs de France. La différence porte un nom : la collaboration. A la culpabilité de la Shoah s’ajoute une culpabilité coloniale. Depuis les années 1990, la théorie du « colonialisme de peuplement » présente Israël non plus comme le refuge d’un peuple persécuté, mais comme le dernier avatar du colonialisme occidental. Une farce. Le Juif cesse d’être le survivant ; il devient l’oppresseur blanc. Il n’est plus le paria de l’Europe, il en serait l’avant-garde impérialiste. L’intérêt symbolique de cette accusation est évident : l’Europe transfère sur Israël sa propre culpabilité coloniale. Sous prétexte de solidarité avec les Palestiniens, l’Europe parle moins de la Palestine que d’elle-même, de ses crimes, de ses refoulements, de ses dettes historiques.

Un dernier mot
Les Juifs vivent en Europe depuis l’Empire romain. La pensée du jour du Standaard donne raison, une fois encore, à tous ceux qui ont toujours pensé qu’ils n’y seraient jamais chez eux. Chaque pensée de ce genre les pousse un peu plus vers la sortie. La publication de ce texte inqualifiable n’est pas ce qu’on attend d’un grand journal démocratique. A ce propos, une dernière remarque s’impose : diplômé en littérature et traduction, le chroniqueur du jour, Raf Njotea a comme activité principale l’écriture de scénarios pour des feuilletons télévisés et ce, à l’exemple de Familie. Le voilà adoubé par le journal de référence flamand, spécialiste autorisé de l’histoire du peuple juif. Le paradoxe est surtout cruel. Hier, ce sont les antisémites qui ont démontré la nécessité d’un État juif. Aujourd’hui, ce sont les antisionistes radicaux qui la confirment, chaque jour davantage.

Premiers signataires

  1. Prof. Dr. Kotek, Joël, membre fondateur et président de l’Institut Jonathas
  2. Viviane Teitelbaum, sénatrice, membre fondateur et secrétaire générale de l’Institut Jonathas 
  3. Karsten De Clerck (à titre personnel) 
  4. Jean-Pierre & Luc Dardenne, cinéastes
  5. Prof. dr. Vivian Liska, ancienne directrice de l’Institut d’études juives (U.A.)
  6. Prof. dr. Jacques Brotchi, Président honoraire du Sénat.
  7. Prof. dr. Yves Louis, président du groupe Mémoire
  8. Dr. Laurence Schram, historienne à la Kazerne Dossin
  9. Prof. dr. Alexandre Thys
  10. Prof. dr. Philippe Golstein
  11. Prof. dr. Maurice Sosnowski, ancien président du CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique)
  12. Natalie David-Weill, écrivain
  13. Prof. dr. Serge Goldman 
  14. Doubi Ajami, membre fondateur de l’Institut Jonathas
  15. Maître Marina Blitz, membre fondateur de l’Institut Jonathas
  16. Mohamed Sifaoui, journaliste d’investigation
  17. Piet Swimberghe, journaliste
  18. Prof. dr. Mikael Petitjean       
  19. Prof. dr. Benoit Frydman                    
  20. Prof. dr. Aaron Kachuk 
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Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.

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