
L’islamo-gauchisme n’est pas une théorie du complot, c’est une histoire d’amour à sens unique
Maarten Boudry 
04 novembre 2026
Traduit de l’anglais. Article original : « Islamo-Leftism Is Not a Conspiracy Theory », Substack.
L’autre jour, j’ai publié ceci :
“Nous saurons bientôt tous ce que c’est que d’être Juif. En France, on le sait déjà.
Ce sera notre juste châtiment pour avoir abandonné les Juifs, ignoré leurs avertissements, nous être retournés contre eux et avoir même défilé aux côtés de leurs oppresseurs.
Depuis trois ans, vous, les idiots utiles, brandissez des drapeaux palestiniens, arborez des keffiehs, scandez « From the River to the Sea » et reconnaissez un État palestinien fictif en guise de récompense pour le massacre du 7 octobre commis par le Hamas (suivez mon regard, Emmanuel Macron).
Vous avez boycotté le seul État juif au monde, vilipendé le droit du peuple juif à l’autodétermination (autrement dit le « sionisme ») et propagé ce libelle de sang qu’est le « génocide à Gaza ». Pensiez-vous vraiment qu’en nourrissant le crocodile de suffisamment de chair juive, il finirait par être rassasié ? Vous n’avez fait qu’enhardir le monstre et aiguiser son appétit.
Alors, vous vous inquiétiez de la « colonisation » ? Regardez autour de vous. Ce qui se fait coloniser ici, ce sont nos propres villes occidentales. Le drapeau palestinien est devenu une bannière de victoire, fièrement brandie au milieu des ruines de bâtiments historiques pillés et vandalisés -un symbole de haine envers notre civilisation et tout ce qu’elle représente.
Cela ne s’arrête jamais aux Juifs.”
Ce n’était pas une analyse soigneusement argumentée, mais un cri du cœur passionné, écrit à chaud après avoir vu les scènes effroyables de destruction gratuite en France. À ma grande surprise, le message a fait un tabac : il a récolté des milliers de « j’aime » et de partages, a été traduit dans plusieurs langues et cité dans plusieurs journaux. J’ai été submergé de demandes d’interview, que j’ai déclinées parce que je travaille encore à mon livre.
En tant qu’universitaire à mes heures, j’étais toutefois un peu gêné que ma petite diatribe ne contienne aucune source et si peu d’argumentation véritable. Un manquement au devoir ! Alors, pour me racheter, je voudrais développer l’une des idées qui la sous-tendent : que des « idiots utiles » de gauche défilent aux côtés des islamistes, et que le drapeau palestinien est devenu le symbole commun de la haine envers la civilisation occidentale. Cette alliance entre forces islamistes et forces de gauche est connue en France sous le nom d’islamo-gauchisme, et ailleurs sous celui d’alliance rouge-verte. Existe-t-elle vraiment, et en quel sens ? S’agit-il d’un complot orchestré, ou plutôt d’un rapprochement de circonstance[1] ? Et les sentiments sont-ils réciproques ?
À bien y réfléchir, il se trouve que j’ai une certaine expertise universitaire en la matière.
Une théorie du complot ?
À en croire la grande majorité des universitaires et des journalistes, l’islamo-gauchisme n’est qu’une « théorie du complot » -un fantasme d’extrême droite de la même catégorie que le Grand Remplacement ou le judéo-bolchevisme. En 2021, plus de 600 universitaires l’ont affirmé dans une tribune publiée dans Le Monde. Ayant moi-même écrit plusieurs articles universitaires sur les théories du complot, je peux vous le dire : non seulement ces gens n’y connaissent rien, mais ils font partie du problème. Ils détournent le précieux concept de « théorie du complot » pour clore le débat, un peu comme on a écarté prématurément l’hypothèse de la fuite de laboratoire pendant la pandémie.
Une théorie du complot, au sens péjoratif, est une hypothèse spéculative et non prouvée portant sur un complot secret et malveillant ourdi par un groupe relativement restreint de personnes. En règle générale, l’absence même de preuves tangibles est considérée comme la preuve que les conspirateurs sont diaboliquement habiles et ont effacé leurs traces. Dans mes travaux universitaires, j’ai qualifié ces théories auto-immunisées d’équivalent intellectuel d’un trou noir : une fois qu’on y a plongé, il est bien difficile d’en ressortir.
Le rapprochement entre une partie de la gauche et l’islam n’a rien de tout cela. Il se déroule au grand jour et a été abondamment documenté. Certes, une partie de l’idylle entre la gauche et l’islam découle peut-être de financements secrets du Qatar et de l’Iran -ce qui relèverait d’un véritable « complot »[2]-, mais dans l’ensemble ces facteurs sont accessoires. L’alliance rouge-verte ne repose pas sur une coordination occulte en coulisses, mais sur une parenté idéologique, un ennemi commun (la civilisation occidentale, la modernité et le capitalisme) et une bonne dose de naïveté d’un côté.
Victimes favorites
Dans sa forme la plus répandue, l’islamo-gauchisme n’est rien d’autre que l’histoire d’amour de la gauche avec l’islam, qu’elle considère comme la religion des opprimés et des laissés-pour-compte. Le marché est simple : la gauche choie les musulmans et leur accorde un traitement de faveur, et les musulmans votent en retour pour les partis de gauche. L’incarnation parfaite de ce rapprochement est le concept d’« islamophobie », que des universitaires, journalistes et intellectuels de gauche brandissent depuis des décennies pour mettre l’islam à l’abri de critiques légitimes, au grand bonheur des islamistes. Au lieu d’envisager que la peur de l’islam puisse être une réaction rationnelle à certaines doctrines islamiques (comme la peine de mort pour les apostats) et aux attitudes des nombreux musulmans qui y adhèrent, de larges pans de la gauche ont prétendu qu’il s’agissait d’une forme de maladie mentale, d’une paranoïa irrationnelle sans fondement dans les faits.
Pew Research Center – parmi les musulmans favorables à la charia comme loi du pays : part de ceux qui approuvent la peine de mort pour l’apostasie (ci-dessus) et la lapidation en cas d’adultère (ci-dessous).
Bien qu’il n’ait jamais employé le terme lui-même, Edward Said est le parrain du concept moderne d’« islamophobie », qui sert depuis lors à détourner l’attention des enseignements réels de l’islam et des attitudes des musulmans. Tout comme son ancêtre intellectuel Michel Foucault, il était obsédé par les « discours » sur tel ou tel sujet, au détriment de la réalité même de ce sujet.
Ce pseudo-concept pernicieux a si profondément pénétré le monde universitaire qu’il existe même une revue scientifique entière qui lui est consacrée. 
Dans la même veine, la gauche a constamment nié ou minimisé la motivation islamique du terrorisme et d’autres formes de violence religieuse. Pendant la vague d’attentats djihadistes en Europe dans les années 2010, les apologistes préférés de la gauche étaient des gens comme Karen Armstrong et Mehdi Hasan, qui affirmaient, contre des preuves accablantes, qu’« il n’y a rien d’islamique dans l’État islamique » et que le djihadisme n’a « pas grand-chose à voir » avec l’islam. Depuis, des arguments similaires ont été avancés au sujet des gangs de violeurs, des agressions homophobes et des crimes d’honneur, qui « existeraient dans toutes les cultures ». 
Dans mon prochain livre, The Betrayal of Enlightenment (« La trahison des Lumières »), je montre comment les musulmans sont devenus le groupe victime par excellence de la gauche, un groupe qui ne peut jamais mal faire. S’ils semblent commettre quelque méfait, c’est uniquement parce qu’ils ont été provoqués par des gens dotés d’une réelle capacité d’agir, le plus souvent des oppresseurs blancs.
Même les progressistes qui ne se portent pas activement à la défense de l’islam ont souvent fermé les yeux sur l’homophobie, la misogynie, l’antisémitisme et la violence envers les apostats qui sévissent dans l’islam, tout en condamnant sévèrement des tendances comparables chez les chrétiens fondamentalistes. Ce « deux poids, deux mesures » est en soi une forme passive d’islamo-gauchisme : abandonner ses propres valeurs progressistes au profit d’une religion, parce que la plupart de ses fidèles ont la peau plus foncée et qu’on a peur d’être traité de raciste.
Selon le degré de religiosité et de fondamentalisme, chez les chrétiens et chez les musulmans : « Ne veut pas d’amis homosexuels » (bleu), « On ne peut pas faire confiance aux Juifs » (rouge), « L’Occident cherche à détruire l’islam » (vert). Étude sociologique menée par le chercheur allemand Ruud Koopmans, professeur à l’Université Humboldt de Berlin et directeur de recherche au WZB Berlin Social Science Center, publiée in Journal of Ethnic and Migration Studies, 2015.
Une alliance explicite
La forme la plus explicite de l’alliance rouge-verte s’affiche au grand jour dans les rues de toutes les villes occidentales. Depuis des années, groupes d’extrême gauche et groupes islamistes défilent coude à coude lors de manifestations et de rassemblements contre leurs ennemis communs : le sionisme et l’impérialisme occidental. Cette alliance contre nature est désormais cimentée par le drapeau palestinien, emblème à tout faire qui ne représente plus un peuple ou un pays en devenir, mais un avatar sur lequel on peut projeter toutes sortes de fantasmes.
Pour les musulmans, il symbolise la lutte religieuse contre le Petit Satan (Israël) et le Grand Satan (les États-Unis), ainsi que le devoir religieux de reconquérir chaque parcelle de terre ayant jadis été sous domination islamique. Pour la gauche, c’est le fil qui, une fois tiré, défera tout le tissu de l’ordre mondial honni. C’est la seule façon de comprendre l’affirmation bizarre de l’écrivaine irlandaise Sally Rooney selon laquelle « la libération de la Palestine représente la libération du monde ». Si les deux groupes ont chacun leurs raisons d’être obsédés par la Palestine, ce sont surtout les musulmans qui mènent et la gauche qui suit. Si votre groupe victime préféré hait les Juifs sionistes avec une telle ferveur, ces Juifs sionistes doivent forcément être d’une nature particulièrement diabolique.
Ce n’est toujours pas assez explicite pour vous ? En 2006, l’une des universitaires les plus influentes de la gauche, Judith Butler, a qualifié le Hamas et le Hezbollah de mouvements « progressistes » qui se situent « à gauche ». Elle a également affirmé que l’attaque du 7 octobre n’était pas un attentat terroriste mais « un acte de résistance armée ».
Un soutien encore plus franc vient de Charlotte Kates, cofondatrice du réseau d’extrême gauche Samidoun, vitrine du Front populaire de libération de la Palestine, d’obédience marxiste-léniniste. Dans ses discours publics, Kates appelle ouvertement à un « axe de la résistance » unissant révolutionnaires de gauche et islamistes :
Cette alliance n’est pas seulement le cauchemar de nos ennemis : elle est nécessaire et bénéfique à la lutte des peuples du monde contre l’impérialisme.
El Satori @ElSatori28
« L’alliance rouge-verte » n’est pas une théorie du complot : c’est une politique officielle. La coordinatrice de Samidoun, Charlotte Kates (au Liban, tout juste revenue des funérailles de l’ayatollah en Iran), appelle ouvertement à une alliance pleine et nécessaire entre la résistance islamiste et la gauche révolutionnaire occidentale. Publication sur X, 22 juillet 2026.
Peut-on être plus explicite ? Fidèle à sa parole, le Samidoun de Kates a célébré le massacre du 7 octobre en distribuant des pâtisseries à Berlin et dans d’autres villes allemandes, et a exprimé sa solidarité indéfectible avec ses camarades islamistes. Et il ne s’agit pas d’un groupuscule marginal : ce même Samidoun a été invité à prendre la parole dans mon ancienne université, à Gand, lors d’un « Teach-Out sur la Palestine ». 
Un amour à sens unique
Ce qui rend cette histoire d’amour tragique, c’est qu’elle est en grande partie à sens unique. Quoi qu’en pensent les gauchistes dans leurs illusions, leurs camarades verts ne leur rendent presque jamais leur affection. En réalité, les islamistes exploitent cyniquement la naïveté de la gauche à l’égard de l’islam et abusent volontiers de sa peur panique du racisme. Dans son autobiographie Radical, l’ex-islamiste Maajid Nawaz raconte comment ses camarades du Hizb ut-Tahrir camouflaient délibérément leur haine sectaire derrière le voile du « multiculturalisme » et de la « tolérance », et jouaient habilement la carte du « racisme » dès que quelqu’un osait les contredire. (Si vous cherchez un vrai complot, en voilà un.)
Les islamistes tolèrent volontiers la gauche tant qu’ils combattent un ennemi commun, mais partout où ils ont effectivement pris le pouvoir -lors de la révolution iranienne, en Égypte après le Printemps arabe, pendant la guerre civile au Liban-, leurs compagnons de route de gauche ont été brutalement écartés, emprisonnés, voire exécutés. Il existe peut-être des « Queers for Palestine » (des queers pour la Palestine), mais il n’y a pas de « Queers in Palestine » (des queers en Palestine).
MEMRI @MEMRIReports
« Mohammed Saleem Ali, imam de la mosquée Al-Aqsa, se lance dans une diatribe homophobe lors du sermon du vendredi : « Le peuple palestinien ne permettra pas à un seul homosexuel de vivre sur notre terre ; une telle perversion attire la colère d’Allah sur nous tous. » Publication sur X, 5 juillet 2022
L’insurrection française
Ce n’est donc pas un hasard si les émeutes, incendies et pillages en France ont été le fait d’un attelage hétéroclite de militants d’extrême gauche, de musulmans d’origine nord-africaine et de casseurs opportunistes, avec des drapeaux palestiniens flottant partout. Ni si les manifestations ont été suscitées et encouragées par La France insoumise, le parti du tribun d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon, qui courtise l’électorat musulman comme aucun autre parti européen, surtout en vilipendant Israël, et qui recueille en retour entre 60 %et 70 % du vote musulman (voir l’analyse approfondie de Tomas Pueyo). 
Il ne faut pas non plus s’étonner que des slogans comme « Tuez-les au nom d’Allah ! » (visant les policiers) aient retenti pendant les manifestations, tout comme de tristement célèbres morceaux de rap glorifiant l’attentat du Bataclan.
Des islamistes agressifs ont même contraint leurs camarades de gauche à effacer de leurs banderoles des mots qu’ils jugeaient blasphématoires, comme « Bismillah » -une exigence à laquelle ces mauviettes sans colonne vertébrale se sont docilement pliées. Peut-on rêver meilleure illustration de l’amour à sens unique de la gauche pour l’islam ?
Damien Rieu @DamienRieu
⚠️ « L’islam n’est pas un jeu » : des gauchistes qui utilisent « Bismillah » se font rappeler à l’ordre fermement par un islamiste. La charia règne dans les cortèges. Terrifiant. Publication sur X, 19 octobre 2026.
En résumé : la gauche radicale réchauffe ce serpent en son sein depuis des décennies, tandis que la gauche modérée garde les yeux obstinément fermés. À ce stade, chacun des 600 universitaires qui ont balayé avec dédain le concept d’islamo-gauchisme comme une simple théorie du complot fait partie du problème. Non pas parce qu’ils dissimuleraient les preuves d’une collaboration secrète avec les Frères musulmans et le Qatar (même si c’est possible dans certains cas), mais parce qu’ils ne cessent de cautionner et d’excuser le fanatisme islamiste, trahissant tout ce que la gauche défendait autrefois.
Comme je le disais : nous saurons bientôt tous ce que c’est que d’être Juif.
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[1] Voir l’entretien de Rob Henderson avec Franziska Sittig, coautrice de Intellectual Self-Destruction: How the West Gambles Away Its Future (2025) — le livre est sur ma pile de lectures. Entretien publié dans la Rob Henderson’s Newsletter sous le titre « The Useful Idiots of the Red-Green Alliance ».
[2] Voir cet article saisissant d’Ella Kenan, « Qatar Doesn’t Need an Army. It Has Your Kid’s Classroom », sur les plans secrets des Frères musulmans et du Qatar, qui relèvent d’un véritable complot. Selon un rapport récent, le Qatar aurait dépensé plus de 65 millions de dollars pour remodeler discrètement ce qu’apprennent les enfants américains, de la maternelle à l’université.
Créé en mars 2024 suite aux massacres du 7 octobre et à leurs répercussions en Europe, l’Institut Jonathas est un centre d’études et d’action contre l’antisémitisme et contre tout ce qui le favorise en Belgique.



